Qui n'a jamais entendu parler d'Anne Frank ? Quel adolescent n'a jamais lu son "petit journal", par choix personnel ou imposé par son professeur de Français au collège ? Pas grand monde je pense. Aussi, quand je vis qu'il existait à Amsterdam le musée d'Anne Frank, je me décidais d'aller le visiter. Mon choix aurait pu se porter sur un autre musée parmi les dizaines que possède Amsterdam, comme ceux sur l'érotisme, le sexe, le hashish ou autre. Mais non ! C'est bien celui d'Anne Frank qui attisa ma curiosité.

Samedi, 9h15. Une file d'attente de visiteurs commence à se créer à l'entrée du musée. Je m'y insère. Au coeur de la foule les conversations résonnent de paroles Italienes, Espagnoles, Anglaises. Très vite je comprends que cette visite ne sera pas comme les autres. Le musée a été édifié à la place des maisons mitoyenne de la fabrique où travaillais le père d'Anne Frank. Les portes s'ouvrent sur un espace assez restreint mais moderne. Les tons gris des murs ornées de photographies en noir et blanc donnent le ton. Les visiteurs se taisent et respectent le silence relatif à un mémorium. De pièce en pièce, des témoignages, des petits films me remettent dans le contexte. Je suis en 1940. L'armée allemande envahit les Pays Bas. La famille de Anne m'est présenté. Son Père Otto, sa mère Edith et sa soeur Margot s'incrustent sur les parois. Je continue à remonter le temps. 1933 la famille juive Frank, originaire de Francfort, fuit l'Allemagne nazi d'Hitler pour s'installer à Amsterdam. A partir de là, l'horloge reprends son cours normal du temps. Du musée moderne, nous passons dans la fabrique de gélatine pour confiture que créa Otto Frank. Je me retrouve dans l'entrepôt. Des documents en vitrine témoignent de la persécution des juifs aux Pays Bas. Des extraits du "Journal d'Anne" sont peint sur les murs
“Un jour, cette horrible guerre se terminera enfin, un jour nous pourrons être humains et pas seulements juifs ! nous ne pourrons jamais devenir uniquement néerlandais ou uniquement anglais, quelque soit le pays, nous resteront toujours des juifs en plus, nous devrons toujours rester juifs, mais nous voulons aussi le reste. 9 Avril 1944”

Je quitte l'entrepôt pour passer dans les bureaux à l'étage. L'escalier et très raide et les marches assez haute. L'atmosphère se fait à chaque pas un peu plus lourde. Une maquette de la fabrique est située au centre du bureau. Je visualise enfin le passage qui permet de relier la maison de derrière à la fabrique. Je comprends pourquoi Anne Frank appelait leur refuge "l'Annexe". Une vidéo du témoignage de Miep Gies, secrétaire et protectrice de la famille Frank passe en boucle. La tristesse occupe son regard et le son de sa voix. Cela me touche. Cette femme s'est senti impuissante le jour ou les allemands sont venus chercher la famille Frank pour les envoyer en camp de concetration. D'autres passages du livre sont retranscrits sur les murs.
“Miep est toujours chargée comme un baudet, elle ne fait que traîner des paquets.Presque tous les jours, elle réussit à dénicher quelque part des légumes qu'elle apporte sur son vélo, dans de grands cabas. Bep et Kleiman s'occupent bien de nous eux aussi, très bien même. 11 Juillet 1943”.

Voilà ! J'arrive devant la bibliothèque. Celle même qui masque le passage de la fabrique à "l'Annexe". Tous les visiteurs se taisent. le silence règne. Nous entrons dans ce lieu qui porte toute la folie des hommes. J'en oublie de respirer. J'essaie de m'imaginer comment une famille entière à pu vivre dans un espace aussi réduit caché durant deux ans. Un indice sur les murs :
" Dans la journée, nous sommes constament obligés de marcher sur la pointe des pieds et de parler tout bas parce qu'il ne faut pas qu'on nous entende de la fabrique. 11 Juillet 1942" ; "Notre cachette est devenue une cachette digne de ce nom. En effet, M. Kugler a jugé plus prudent de mettre une bibliothèque devant notre porte d'entrée. Maintenant pour descendre, nous sommes d'abord obligés de baisser la tête, puis de sauter. Au bout de trois jours nous avions tout le front couvert de bosses. 21 Août 1942"
La première pièce est celle des parents et Margots. Quelques coups de crayon sur le mur à droite pour marquer la croissance des filles. J'ai une boule à l'estomac. Ce n'était que des enfants. J'arrive dans la chambre d'Anne. Enfin, chambre est un bien grand mot pour définir cet espace aussi exigu qu'un dressing room. Au mur, des photos de star de cinéma découpé dans des journaux qu'Anne avait découpé pour occuper ses journées.
"J'ai pu enduire tout le mur de colle et faire de la chambre une gigantesque image. C'est beaucoup plus gai comme ça. 11 Juillet 1942".
Tout ces extraits de son livre donne encore plus de force aux sentiments qui m'envahissent. Je ne comprends pas comment l'homme peut en arriver à la persécution. Le pourquoi reste sans réponse. Alors que le roman d'Anne, n'avait pas spécialement touché ou ému l'adolescent que j'étais, il prend ici toute sa pleine mesure. Le témoignage écrit de la petite fille d'Amsterdam prend en ces lieux toute sa raison d'exister. Il touche le coeur des adultes. Je regarde autour de moi, et dans les yeux des autres visiteurs je vois la même peine, la même tristesse. ici on ne rigole pas, on se recueille.
Le tour de la maison se termine en retournant au musée. Les manuscrit de Anne y sont exposés. Un dernier extrait au mur
"La radio anglaise parle d'asphyxie par le gaz. Je suis complètement bouleversée. 9 Octobre 1942". Je le suis tout autant.
Anne et Margot sont mortes au camp de concentration de Bergen-Belsen en mars 1945 du typhus, après avoir été arrété en Aout 1944 sur dénonciation. Le débarquement avait eut lieu et la liberté était si proche. Seul le père Otto survécu aux camps de concentration. Quand il rentra à Amsterdam, il retrouva les manuscrits d'Anne qu'il décida de faire éditer et créa la Fondation Anne Frank. Il réalisa ainsi le voeu le plus cher d'Anne :
"Tu sais depuis longtemps que mon souhait le plus cher est de devenir un jour journaliste et plus tard un écrivain célèbre. Après la guerre je veux veux en tout cas publier un livre intitulé "L'Annexe". 11 mai 1944
Une fois au dehors, il me faut du temps pour retrouver tous mes esprits et revenir en 2010. Je m'assois à un café, je médite. Oui ! C'est sur. C'est le moment le plus intense de ce voyage. J'en ferai une page sur mon site car c'est trop poignant pour ne pas le rapporter...!!